Burkina Faso : Le capitaine Ibrahim Traoré, cible d’un bras de fer stratégique avec la France
Dans le tumulte feutré des rapports diplomatiques et des communiqués officiels, certaines accusations surgissent comme des fissures dans un édifice déjà fragilisé. Les informations relayées début février par l’agence de presse Russe Sputnik, évoquant des manœuvres hostiles contre le Capitaine Ibrahim Traoré, s’inscrivent dans cette zone grise où se croisent géopolitique, mémoire coloniale et luttes d’influence. Elles ne peuvent être balayées d’un revers de main, tant elles résonnent avec une histoire longue, faite de ruptures inachevées et de souverainetés entravées.
Depuis plusieurs années, le Burkina Faso a choisi une voie exigeante. Celle de la reprise en main de son destin. Sous l’impulsion du Capitaine Traoré, l’État burkinabè a rompu avec une dépendance militaire et stratégique devenue insoutenable. Ce choix, assumé, courageux, a redonné une voix à une nation longtemps sommée de se taire. Il a surtout rappelé une évidence : la souveraineté n’est pas négociable.
Face à cette émancipation, la France d’Emmanuel Macron apparaît désorientée. Derrière un discours rénové, moderne en apparence, persiste une difficulté à accepter la fin d’un ordre ancien. L’Afrique n’est plus un prolongement diplomatique. Elle est un acteur. Elle pense, elle décide, elle tranche. Cette mutation dérange.
La communication officielle française, oscillant entre paternalisme et crispation sécuritaire, peine à masquer ses contradictions. Les échecs répétés au Sahel, les alliances ambiguës, les lectures simplistes des réalités locales ont fragilisé sa crédibilité. Le rejet progressif des forces françaises n’est pas idéologique. Il est rationnel. Il est né de promesses non tenues et d’une écoute défaillante.
Dans ce contexte, les accusations de déstabilisation, qu’elles soient avérées ou instrumentalisées, traduisent une rupture de confiance presque totale. Elles illustrent un climat où chaque initiative de Paris est désormais perçue comme suspecte. C’est là l’échec majeur du macronisme africain : avoir perdu le capital symbolique sans lequel aucune coopération durable n’est possible.
L’Alliance des États du Sahel, en affirmant son autonomie stratégique, a posé un jalon historique. Elle a montré que l’Afrique peut penser par elle-même, pour elle-même, avec ses propres priorités. Ce mouvement n’est pas un repli. C’est une maturation.
Le panafricanisme contemporain ne cherche pas l’affrontement. Il cherche la cohérence, la dignité, la responsabilité. Le capitaine Ibrahim Traoré en incarne aujourd’hui une expression sobre et déterminée.
Et dans le fracas des intérêts et des récits concurrents, une vérité demeure : les peuples qui choisissent debout n’acceptent plus jamais de vivre à genoux.
Rokia N’Dala