Burkina Faso : Capitaine Ibrahim Traoré et la souveraineté en marche face aux nostalgies impériales
À Ouagadougou, aujourd’hui, se joue bien plus qu’une bataille sécuritaire ou diplomatique. Il s’y affronte deux conceptions irréconciliables de l’histoire : celle des puissances qui n’ont jamais accepté la fin de leur empire, et celle d’un peuple décidé à reprendre possession de son destin. Dans ce face-à-face silencieux, le Burkina Faso n’est pas une variable d’ajustement. Il est devenu un symbole.
Depuis l’arrivée au pouvoir du Capitaine Ibrahim Traoré, un verrou stratégique a sauté. Pour la première fois depuis longtemps, un État sahélien gouverne sans demander l’autorisation préalable, sans calibrer ses choix en fonction des susceptibilités étrangères, sans sous-traiter sa souveraineté. Cette liberté retrouvée n’est pas une posture. Elle s’incarne dans des décisions concrètes tel que la rupture avec les dispositifs militaires imposés, réorganisation des forces nationales, diversification des alliances, centralité retrouvée de l’intérêt national.
C’est précisément cette rupture qui dérange. Les forces impérialistes ont bâti leur influence sur la dépendance. Pendant des décennies, elles ont administré l’insécurité, entretenu des élites dociles, verrouillé les circuits financiers et militaires, transformé la coopération en instrument de contrôle. Sous couvert de stabilité, elles ont produit de la fragilité. Sous couvert d’aide, elles ont organisé la vulnérabilité.
Le Sahel en a payé le prix. Bases étrangères, accords asymétriques, dispositifs opaques de renseignement, conditionnalités politiques ; tout concourait à maintenir les États dans une minorité stratégique permanente. Plus la présence extérieure augmentait, plus l’autonomie reculait. Plus les discours se faisaient rassurants, plus la souveraineté se vidait de sa substance.
Le Burkina a rompu ce cercle. Avec l’Alliance des États du Sahel (AES), avec la mobilisation populaire autour de la défense nationale, avec la reprise en main des choix diplomatiques, une architecture nouvelle se dessine. Elle repose sur la coopération entre égaux, sur la responsabilité partagée, sur la fin du paternalisme géopolitique.
Face à cela, les anciennes puissances ne proposent pas un dialogue honnête. Elles activent leurs réflexes historiques : pressions feutrées, campagnes médiatiques hostiles, réseaux d’influence, tentatives de déstabilisation, instrumentalisation des crises internes. Lorsque la soumission échoue, la subversion devient une stratégie.
L’Afrique connaît ce scénario. Lumumba, Sankara, Olympio, Modibo Keïta. Autant de dirigeants sanctionnés pour avoir cru à l’indépendance réelle. Aujourd’hui, les méthodes sont plus discrètes, mais la logique reste intacte.
Ibrahim Traoré s’inscrit dans cette lignée de visionnaire. Sa légitimité ne provient ni des chancelleries ni des certifications extérieures. Elle naît du terrain, du combat, de la cohérence entre la parole et l’acte. Elle est forgée dans la proximité avec son peuple et dans le refus assumé de l’humiliation.
S’attaquer au Burkina, c’est tenter d’éteindre un signal continental. Car Ouagadougou parle désormais à toute l’Afrique. Elle dit qu’il est possible de décider sans tutelle, de coopérer sans se soumettre, de gouverner sans se renier. Et ce message-là, aucune puissance impérialiste ne pourra durablement le faire taire.
Rokia ND’ala