Afrique du Sud : Pékin-Pretoria, la nouvelle géographie du commerce africain

Afrique du Sud : Pékin-Pretoria, la nouvelle géographie du commerce africain

À l’heure où les équilibres commerciaux mondiaux se recomposent sous la pression des rivalités géopolitiques et des replis protectionnistes, l’Afrique du Sud avance un pion décisif sur l’échiquier de son avenir économique. En s’apprêtant à conclure avec la Chine un accord d’accès préférentiel « hors taxes », Pretoria ne signe pas seulement un texte commercial. Elle engage une orientation stratégique, un choix de cap, une lecture lucide du monde tel qu’il est devenu : fragmenté, instable, concurrentiel.

Cet accord, qui permettra à certains produits sud-africains d’entrer librement sur le marché chinois, s’inscrit dans une séquence diplomatique tendue. Face aux droits de douane de 30 % imposés par les États-Unis, et à l’érosion progressive des relations transatlantiques, le gouvernement sud-africain a choisi l’anticipation plutôt que la plainte, la projection plutôt que la dépendance. Il diversifie, sécurise, rééquilibre. Il agit.

La Chine, premier partenaire commercial de Pretoria depuis 2023, offre un débouché colossal. Mais l’enjeu dépasse la simple arithmétique des exportations. Derrière les minerais, les produits agricoles, les flux logistiques, se dessine une ambition plus large, transformer l’économie sud-africaine, la rendre moins vulnérable aux chocs extérieurs, plus compétitive, plus souveraine. L’accès préférentiel au marché chinois peut devenir un levier de montée en gamme, à condition d’être adossé à une politique industrielle cohérente, à des investissements productifs, à une formation rigoureuse des compétences.

Le déplacement du ministre Parks Tau ne relève donc pas du protocole. Il traduit une diplomatie économique assumée, fondée sur la recherche d’investissements, de partenariats technologiques, de transferts de savoir-faire. L’Afrique du Sud ne veut plus être seulement un fournisseur de matières premières. Elle aspire à devenir un pôle de transformation, un acteur régional structurant, une locomotive panafricaine.

Car cet accord parle aussi à l’Afrique. Il rappelle qu’une puissance du continent peut négocier, peser, arbitrer, sans se soumettre à une logique d’alignement. Il illustre une voie : celle d’un multilatéralisme pragmatique, enraciné dans les intérêts nationaux, ouvert aux coopérations Sud-Sud, attentif aux équilibres internes.

Reste une exigence, que cette ouverture profite réellement aux travailleurs, aux PME, aux territoires oubliés, et ne se dissolve pas dans des statistiques flatteuses mais creuses. Le défi est là, entier.

Dans un monde qui fragilise les faibles et récompense les stratèges, l’Afrique du Sud rappelle une vérité simple, le développement ne se proclame pas, il se construit, patiemment, par des choix clairs, et par le courage de regarder loin.

ND’ala

laredaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *