Zimbabwe : Le président Mnangagwa prépare une réforme qui pourrait prolonger son mandat
Au Zimbabwe, la scène politique se trouve à un tournant majeur. Le gouvernement d’Emmerson Mnangagwa a approuvé un projet de réforme constitutionnelle qui pourrait prolonger son mandat jusqu’en 2030 et transférer l’élection présidentielle du suffrage universel direct au Parlement, où sa formation, la Zanu-PF, détient une majorité écrasante. Cette initiative, présentée comme un moyen de « renforcer la stabilité », suscite une forte opposition et ouvre un débat sur l’équilibre entre pouvoir, démocratie et développement national.
Modifier le mode d’élection du chef de l’État et permettre la nomination de dix sénateurs supplémentaires consolident un pouvoir centralisé, qui réduit le contrôle citoyen et fragilise la représentativité politique. Dans un pays où la Constitution limite actuellement le président à deux mandats de cinq ans, ces changements bouleversent les garde-fous institutionnels. Pour Mnangagwa, cela offre une continuité prolongée, mais pour le Zimbabwe, cela pose une question cruciale : comment concilier stabilité politique et respect des mécanismes démocratiques fondamentaux ?
L’impact sur le développement est direct et tangible. La confiance des investisseurs, déjà prudente face à l’instabilité économique et à une inflation persistante, pourrait s’éroder davantage. Les décisions stratégiques nécessitent un environnement où les institutions sont perçues comme impartiales et durables. En concentrant le pouvoir, le pays risque de privilégier la survie politique au détriment de réformes structurelles nécessaires pour moderniser l’économie, renforcer les infrastructures et stimuler l’emploi. La croissance et l’innovation se trouvent ainsi en tension avec une architecture politique qui favorise le contrôle et la continuité au sommet.
Pour l’opposition et une partie des juristes, cette réforme représente un recul démocratique manifeste. Elle illustre la tension récurrente entre l’autorité et la légitimité, dans un contexte africain où la consolidation des institutions est souvent la condition première du progrès. Le Zimbabwe se trouve face à un choix stratégique : se doter d’un pouvoir stable mais concentré ou engager un véritable dialogue national qui permette d’articuler gouvernance et développement inclusif.
Cette réforme, si elle est adoptée, redéfinit le paysage politique du pays et interroge son avenir. Le Zimbabwe, au cœur du continent, se tient à la croisée des chemins entre stabilité imposée et prospérité partagée. L’histoire retiendra que c’est dans la capacité à équilibrer ces forces que se forge la légitimité durable et la possibilité d’un développement véritablement souverain.
Paterne N’gouassi