Burkina Faso : Carême et jeûne, le capitaine Ibrahim Traoré appelle à l’unité des cœurs
Au moment où le carême chrétien et le jeûne musulman s’ouvrent presque de concert, le Capitaine Ibrahim Traoré choisit le registre de l’élévation plutôt que celui de la seule exhortation sécuritaire. Dans un pays éprouvé par l’insécurité et les fractures sociales, l’appel à la prière et à la solidarité constitue un acte politique à part entière, une manière de replacer la nation dans un esprit d’union que l’urgence des combats.
En invitant les Burkinabè à porter le pays dans leurs prières et à renforcer leur bienveillance envers les plus vulnérables, le chef de l’État touche un point sensible. Le Burkina Faso traverse une crise multidimensionnelle où les déplacés internes se comptent par centaines de milliers, où des familles entières vivent sous la menace permanente. Dans ce contexte, la solidarité n’est pas un supplément d’âme. Elle devient une stratégie de résilience nationale.
Le choix du moment est lourd de sens. Le carême et le jeûne sont des temps d’introspection, de discipline et de partage. Les inscrire dans une perspective de paix revient à mobiliser des ressources morales que l’action publique seule ne peut suffire à produire. Le président du Faso, comprend que la cohésion sociale ne se décrète pas. Elle se cultive, elle s’entretient, elle s’incarne dans des gestes concrets. Soutenir un voisin déplacé, partager un repas, accompagner une veuve de guerre, ce sont là des actes minuscules en apparence, mais puissants dans leurs effets cumulés.
Politiquement, ce discours participe d’une narration plus large. Celle d’un Burkina Faso qui se redresse par lui-même, en s’appuyant sur ses valeurs et sur sa capacité à faire front. Dans une perspective panafricaine, le message résonne au-delà des frontières. Il rappelle que les sociétés africaines disposent en elles-mêmes des ressorts spirituels et communautaires nécessaires pour affronter l’adversité, sans céder au fatalisme ni à la dépendance.
Reste le défi de la cohérence. L’appel à la solidarité doit s’accompagner de politiques publiques lisibles en faveur des plus fragiles, d’une gouvernance attentive aux réalités du terrain. La parole présidentielle crée une attente et elle engage.
En choisissant de lier foi, paix et responsabilité collective, le président du Faso esquisse une vision où la reconstruction nationale passe autant par les consciences que par les armes. Et peut-être est-ce là, dans cette alliance entre spiritualité et action, que se joue la part la plus décisive de l’avenir burkinabè.
Rokia ND’ala