Soudan : La diplomatie de la vie, le combat du ministère de la Santé pour l’ouverture des couloirs vitaux
Le système de santé soudanais est confronté au plus grand défi de son histoire moderne en raison du conflit armé qui ravage le pays. Face à une situation complexe sur le terrain, qui devrait perdurer jusqu’à l’été 2026, l’expérience du « Ministère de la Santé au sein du Gouvernement de paix et d’unité » (créé récemment) se distingue comme l’une des plus cruciales pour gérer la crise humanitaire et fournir des soins médicaux aux civils résidant dans ses zones d’influence, au Darfour et au Kordofan.
Ce rapport présente une analyse approfondie, à la fois médiatique et de terrain, de la structure du ministère, de ses efforts pour redresser la situation sanitaire et de son combat diplomatique auprès des organisations internationales pour ouvrir des couloirs sécurisés pour les médicaments et lutter contre les épidémies dans les camps de déplacés.
Des efforts extraordinaires, au-delà des capacités humaines
Un examen attentif de la situation sur le terrain révèle au lecteur et à l’observateur humanitaire que le ministère de la Santé du gouvernement en place déploie des efforts considérables et extraordinaires, qui dépassent largement les ressources disponibles. Alors que ces régions souffrent de graves pénuries de financement et d’une rupture totale des chaînes d’approvisionnement logistiques en provenance de l’ouest du pays, les équipes médicales du ministère continuent de travailler sans relâche, jour et nuit, en dernier recours pour protéger les civils du marasme des épidémies et du manque de médicaments.
Gérer un secteur de la santé dévasté, en pleine guerre et sous une pression sécuritaire suffocante, est en soi une entreprise humanitaire menée par des médecins et des infirmières bénévoles qui risquent quotidiennement leur vie pour maintenir le fonctionnement des blocs opératoires et des centres de soins. Cet effort témoigne de l’engagement de l’administration civile à protéger des vies et à maintenir la stabilité de la communauté locale malgré les conditions extrêmement difficiles.
Un système de gestion hybride au Darfour et au Kordofan
Selon des rapports de terrain et des déclarations de responsables du secteur, le ministère de la Santé du Gouvernement d’union nationale s’appuie sur un « système de gestion hybride » qui intègre les nouvelles structures administratives aux administrations civiles locales partenaires afin d’assurer le fonctionnement d’un nombre minimal d’établissements essentiels. Cette gestion est géographiquement concentrée sur :
L’hôpital universitaire de Nyala (Darfour Sud) : principal établissement de référence de la région, il fait l’objet d’efforts continus de réhabilitation et d’exploitation, avec le soutien financier et la coordination du Gouvernement d’union nationale et des organisations partenaires.
L’hôpital militaire (de campagne) de Nyala : qui assure des interventions chirurgicales d’urgence, des premiers soins et des vaccinations pour les enfants et les personnes déplacées dans les camps environnants.
L’hôpital universitaire d’Al-Daein (Darfour Est) : qui accueille un nombre considérable de blessés et de malades, malgré de graves lacunes logistiques et une forte pression sur ses capacités.
Parallèlement, le ministère est confronté à des défis sécuritaires complexes. Des parties de l’hôpital Al-Nuhud, dans le Kordofan-Occidental, ont été transformées en bases de soutien militaire, tandis que d’autres hôpitaux, comme l’hôpital Jabra Al-Sheikh, dans le Kordofan-Nord, et des hôpitaux à Dilling, sont devenus totalement inopérants en raison des combats et de la reprise de contrôle de certains d’entre eux par les forces armées soudanaises et leurs milices.
Épidémies et malnutrition ravagent les camps.
Les camps de personnes déplacées au Darfour et dans le Kordofan-Occidental sont considérés comme les plus vulnérables et les plus touchés par la propagation d’épidémies mortelles. La détérioration des infrastructures d’eau et d’assainissement a favorisé la propagation de maladies hydriques telles que le choléra et la dengue.
Face à ce défi, le ministère de la Santé, en collaboration avec des volontaires, mène des campagnes d’intervention d’urgence axées sur l’assainissement de l’environnement et la chloration afin de désinfecter les sources d’eau dans les camps et de réduire la propagation des diarrhées aqueuses aiguës.
Campagnes de vaccination et de lutte contre la malnutrition : Menées en coordination avec des partenaires internationaux, ces campagnes visent à endiguer la forte augmentation des taux de malnutrition aiguë chez les enfants, qui ont dépassé 15 % dans certains camps du Darfour, menaçant la vie de milliers d’entre eux.
Diplomatie humanitaire et lutte pour l’accès aux médicaments
Le ministère de la Santé du Gouvernement de paix et d’unité reconnaît l’insuffisance de ses propres ressources pour faire face à la crise. C’est pourquoi il a intensifié sa coordination directe avec les agences des Nations Unies et les organisations régionales (telles que l’Organisation mondiale de la Santé, l’UNICEF et OCHA) afin d’ouvrir et de sécuriser trois axes principaux pour l’acheminement de fournitures médicales et de médicaments essentiels :
- Le point de passage d’Al-Tina (Tchad – Nord-Darfour) : Considéré comme la principale voie d’approvisionnement fiable du Darfour en médicaments et en aliments thérapeutiques pour enfants en provenance du Tchad, il repose sur des accords complexes garantissant la circulation des camions médicaux.
- Voies terrestres (route d’exportation et route d’Al-Dabba) : Elles servent au transport de médicaments de Port-Soudan au Kordofan, mais demeurent extrêmement dangereuses et instables en raison des attaques de drones ciblant les véhicules et des affrontements le long de ces axes.
- Largages aériens : Le Comité international de la Croix-Rouge et les Nations Unies y ont recours en dernier ressort pour acheminer des vaccins, de l’insuline et d’autres fournitures essentielles vers des villes assiégées comme El Fasher et certaines zones du Kordofan du Sud, brisant ainsi le blocus médical qui leur est imposé.
Entre le poids des opérations militaires en cours et la grave pénurie de financements et de fournitures internationales, le ministère de la Santé du Gouvernement de paix et d’unité (établi) est confronté à un test crucial de sa capacité à gérer la crise du secteur médical dans l’ouest du Soudan. Les prochains jours dépendront du succès de la diplomatie humanitaire pour établir des couloirs humanitaires durables permettant de sauver autant de vies civiles innocentes que possible dans les camps de déplacés et les zones sous contrôle gouvernemental.

