Ousmane Amirou Dicko, Emir du Liptako : « La plupart de ceux qui ont été tués à Solhan étaient des déplacés venant de Mansila »

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Il est l’une des notabilités coutumières les plus connues de la région du Sahel. Ousmane Amirou Dicko, Emir du Liptako, est aussi connu pour les informations dont il dispose sur son royaume et du fait de parler sans langue de bois de la situation sécuritaire dans la zone. Présent à Ouagadougou où il participe à un atelier sur la collaboration entre les populations civiles et les éléments des Forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme, il s’est prononcé sur les massacres de Solhan qui, dans la région du Sahel, ont fait 140 tués, le samedi 5 juin 2021. Selon l’Emir du Liptako, la plupart des victimes étaient des déplacés de Mansila, une localité du Sahel occupée par les terroristes.

Lefaso.net : Les Burkinabè se sont réveillés le samedi dernier avec l’horreur de Solhan qui a fait 140 tués. Comment avez-vous vécu cette situation ?

Ousmane Amirou Dicko, émir du Liptako : On est non seulement désolé mais inquiet par ce qui se passe. Il faut que les gens puissent agir pour que ça cesse.

Il a toujours été question d’agir pour que ça cesse. Des actions militaires ont été effectuées mais la situation s’empire. Qu’est-ce qui ne va pas dans cette zone ?
On a des éléments éparpillés qui essaient de tout faire pour que la population n’ait plus confiance aux structures étatiques. A partir du moment où cette confiance s’effrite, qu’est-ce qui arrive ? Ce sont des marches, des révoltes et une réaction de l’autre côté (Ndlr, les terroristes) participe inéluctablement à quelque chose dans cela. On cherche à éroder cette confiance et à amener les gens à agir. Ce n’est pas une guerre entre un groupe connu et une autre faction armée. Ce sont des gens qui veulent déstabiliser simplement le Burkina. Et il faut que la population le comprenne.

C’est la première fois qu’on enregistre autant de personnes tuées dans une attaque terroriste. Quel message appréhendez-vous dans la boucherie de Solhan ?

La plupart de ceux qui ont été tués, d’après ce qui m’a été dit, sont des personnes déplacées internes qui venaient de Mansila, une zone déjà occupée. L’attaque a eu lieu à une heure de couvre-feu. Pour que des gens puissent circuler à cette heure, il faut qu’ils soient à moto et avec des phares allumés. Cette situation nous montre la nécessité de nous réveiller tous parce que les Forces de défense et de sécurité ne vont pas aller sur les lieux sans savoir ce qui les attend. Il faut qu’on soit tous ensemble et qu’on fasse quelque chose parce que nous sommes tous du Burkina et non au Burkina.

De Mansila, ils s’étaient réfugiés à Solhan mais ont tout de même subi la barbarie des terroristes. Est-ce des règlements de compte ?

Je ne suis pas dans le schéma de pensée des gens qui ont fait cela. Ce qui fait que je ne peux pas dire s’il s’agit de règlements de compte ou pas. Mais quelle que soit la raison, il ne faut pas tuer une personne parce qu’aucune religion ne le permet ou ne le tolère.

Peut-on espérer une fin pour bientôt ?

Je souhaite que la fin soit pour bientôt parce que nous sommes tous tristes de voir des gens mourir chaque jour. Surtout des gens qui meurent par centaine, c’est inquiétant. On a lancé des dynamites sur des gens qui étaient dans des puits de mines. On a mis le feu à des camions de livraison dans lesquels des gens dormaient attendant la fin du couvre-feu. C’est une situation inimaginable et il faudra y mettre fin le plus tôt possible.

Vous assistez à l’atelier sur la collaboration entre les populations civiles et les membres des Forces de défense et de sécurité ; comment cette collaboration peut contribuer à lutter efficacement contre le terrorisme ?

J’apprécie positivement cette initiative qui va permettre de renforcer la collaboration entre les civils et les Forces de défense et de sécurité. Je ne parlerai pas de collaboration entre civils et militaires puisque nous sommes tous une communauté. Il faut qu’on le sache et qu’on le sente pour que le dialogue soit engagé. Parce que tant que les uns se mettront dans leur rôle de fonctionnaires de l’Etat et vont considérer les autres comme étant de l’autre côté, la communauté, nous n’allons jamais engager de dialogue.

Pourtant il faut qu’il y ait ce dialogue afin que chacun connaisse le rôle de l’autre. Il arrive qu’un gouverneur débarque dans une région ou qu’un haut-commissaire vienne dans une province sans qu’on sache quelle est sa mission. Il faut que ça change. Sinon la collaboration est déjà là mais il va s’agir de voir comment l’appréhender. Les civils devront collaborer avec les Forces de défense et de sécurité qui étaient des civils avant et qui le redeviendront après.

Lefaso.net

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