Célébration du 11 Décembre 2021 au plateau central : A quand le rapatriement des restes du Moogho Naaba Wobgo.

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Tous les pays du monde ont un pan sensible ou obscure de leur histoire. En Occident l’enseignement de l’histoire était réservé aux princes. En Afrique, l’histoire fait partie intégrante des cultes et des rites. L’histoire est sensible, sacrée. Mais, elle mérite d’être connue.

En effet, en France la mort de Napoléon, l’affaire Dreyfus et la « question juive » sont sensibles. Aux USA la destruction systématique des populations pré-colombiennes et le racisme sont des sujets sensibles. Le Columbus Day divise désormais la société américaine. Etc.

Au Burkina Faso, l’histoire de Moogho Naaba Wobgo semble être un sujet tabou pour le pays en général et le royaume de Ouagadougou en particulier. Ce roi nait vers 1850 et meurt en 1904. Il a regné de 1890 à 1897. C’est l’explorateur Binger qui a parlé avant tout de ce roi.

Moogho Naaba Wobgo a signé un traité de protectorat avec Ferguson au compte des anglais et refuse de le faire avec les français. Face à ce refus la France décide d’attaquer Naaba Wobgo. Celui ci résiste. Mais les français assiègent Ouagadougou en 1897. Le Moogho Naaba Wobgo s’exile au Ghana et y meurt en 1904.

Depuis l’exil du roi tout a changé. La France tient le royaume de Ouagadougou et Naaba Wobgo ne revient plus jamais dans son royaume.

Après les indépendances, plusieurs pays africains ont travaillé à reconstruire leur mémoire collective. Le Bénin a rapatriement les restes de Behanzin. Le président Sekou Touré a rapatriement les restes de Samory Touré. Le Ghana a rapatriement les restes de Kwameh Nkrumah. Les chercheurs camerounais travaillent à faire connaître ces chefs qui ont soutenu la révolution de Ruben Um Yobè.

Pourquoi le Burkina Faso ne parle pas du Moogho Naaba Wobgo? Aucune place publique ne porte son nom. Aucun camp militaire ne porte son nom. Pas de stèle en souvenir de Naaba Wobgo. Rien.

Qu’est ce qui explique le silence des royaumes mossi eux mémés quant aux actes memoriels en faveur de Naaba Wobgo? Mêmes les historiens burkinabè restent silencieux sur la page Moogho Naaba Wobgo.

La culture ce n’est pas le folklore c’est l’histoire d’un peuple. A l’occasion de la fête du 11 décembre 2021 au plateau central, il serait indiqué que le plateau central célèbre sans tabou le Moogho Naaba Wobgo, l’oublié de la résistance coloniale.

D’un point de vue africain, on peut dire que le Mogho Naaba Wobgo se sent trahi. Le Burkina Faso lui doit une reconnaissance en montrant sa tombe aux jeunes. Nous savons que les africains n’aiment pas mourir à l’étranger. On peut aussi se demander si le Moogho Naaba Wobgo a eu des funérailles dignes de son rang.

La centration du 11 décembre cette année au plateau central est l’unique occasion phare pour rendre un hommage au Moogho Naaba Wobgo. J’espère bien que le peuple moaga aura le courage de parler ouvertement de ce roi. J’ose croire que le gouvernement saura mettre en place un projet de rapatriement des restes de Naaba Wobgo. Je pense que c’est le moment pour les chercheurs burkinabè de se pencher sur l’histoire de Moogho Naaba Wobgo et ses conséquences.

Le Burkina Faso a trop de morts mécontents. Nous devons y penser.

Da Sié De Bindouté

      sociologue

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