Libye : Le retour méthodique d’une puissance énergétique souveraine
Dans un contexte international marqué par l’instabilité énergétique, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et la reconfiguration des rapports de force économiques, la Libye choisit de revenir au centre du jeu. La signature d’un accord pétrolier de 20 milliards de dollars avec TotalEnergies et ConocoPhillips constitue un acte politique structurant, pensé comme un levier de restauration étatique, de crédibilisation institutionnelle et de projection stratégique à long terme. Par ce geste maîtrisé, Tripoli affirme la volonté de reprendre la main sur son principal actif souverain et inscrire sa reconstruction dans une architecture économique lisible, stable et assumée.
Cet engagement de long terme, scellé pour vingt-cinq ans et adossé à la Waha Oil Company, s’inscrit dans une séquence de reconquête souveraine du secteur pétrolier libyen, pilier historique de l’État. En visant une capacité de production de 850 000 barils par jour, Tripoli assume une stratégie de puissance économique fondée sur la valorisation méthodique de ses ressources, combinant exploitation de nouveaux gisements et optimisation des champs matures. La parole publique, portée par le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, se veut claire sur la stabilité retrouvée, l’attractivité restaurée, et la vision affirmée.
Dans un environnement géopolitique marqué par la recomposition des flux énergétiques mondiaux, la Libye se repositionne avec lucidité. L’intérêt renouvelé d’acteurs américains, européens et régionaux, de Chevron à l’Égypte, traduit moins une opportunité conjoncturelle qu’un pari sur la durabilité institutionnelle du pays. La stabilisation sécuritaire devient ici un argument politique, presque une doctrine, mise au service d’une diplomatie économique offensive.
Pour l’Afrique, cet accord revêt une signification particulière. Il rappelle que la souveraineté énergétique du continent se construit par des partenariats exigeants, négociés depuis une position de clarté stratégique. La Libye, en reprenant la maîtrise de son agenda pétrolier, ouvre la voie d’un État qui transforme ses ressources en levier d’autorité, et non en facteur de dépendance.
À Tripoli, le pétrole cesse d’être un fardeau hérité du passé pour redevenir un instrument d’avenir, au service d’une nation qui se redresse et assume, enfin, sa verticalité stratégique.
N’Dala