Mali : De l’or brut à un levier de puissance, la nouvelle ambition de l’État
Au cœur du Sahara, là où l’or constitue depuis des décennies le destin économique du Mali, l’État franchit un cap décisif avec la création de la Société de patrimoine minier du Mali, SOPAMIM. Cette nouvelle infrastructure matérialise une ambition que le simple texte légal ne suffirait à traduire, celle de reprendre en main la maîtrise des ressources nationales et transformer le métal jaune en levier tangible de souveraineté. Entièrement détenue par l’État, cette structure centralise les participations publiques dans les sociétés minières, jusque-là éclatées entre multiples administrations, et devient l’instrument de l’action stratégique de la Nation.
Le poids de l’enjeu est considérable. Le secteur minier contribue directement à près de 10 % du PIB, alimente plus de 25 % du budget et représente plus des trois quarts des exportations du pays. L’or, longtemps simple ressource brute, se voit désormais conférer un rôle politique et économique majeur de garantir à l’État malien un pouvoir réel de décision sur ses propres richesses. La SOPAMIM offre à ce titre un cadre pour des prises de participations stratégiques, la coordination des acteurs publics et la traçabilité des revenus miniers, conditions indispensables pour transformer des ressources naturelles en moteurs durables de développement.
Mais cette réforme dépasse l’économie et s’ancre dans la souveraineté. Dans un contexte régional où les pays producteurs adoptent des mécanismes similaires pour protéger leurs intérêts, le Mali affirme sa volonté d’inscrire sa politique minière dans un horizon panafricain, capable de conjuguer croissance, autonomie et intégrité des institutions. L’efficacité de la SOPAMIM ne dépendra pas seulement de ses capitaux, mais de la capacité de l’État à imposer rigueur, transparence et vision stratégique sur un secteur longtemps marqué par la dispersion et l’opacité.
Ce nouveau cadre offre enfin une lecture renouvelée de l’or malien : non plus simple ressource d’exportation, mais instrument de puissance nationale et d’influence régionale. Chaque décision d’investissement, chaque suivi de participation devient un acte de souveraineté. Dans cette logique, la SOPAMIM ne se limite pas à gérer des actifs ; elle traduit l’ambition du Mali de transformer ses richesses en véritable projet de société. Le Mali, en reprenant le contrôle de ses mines, trace une voie où l’or devient autant un pilier économique qu’un symbole d’autonomie et de fierté collective.
Emy Muamba