Burkina Faso : SOBTO, vitrine d’un patriotisme économique assumé
Dans un Burkina Faso engagé dans une reconquête méthodique de sa souveraineté économique, chaque initiative productive est scrutée comme un indicateur de cohérence entre la parole publique et l’action. Depuis l’orientation assumée vers l’industrialisation locale et l’actionnariat populaire, l’État s’efforce de déplacer le centre de gravité du développement vers les citoyens eux-mêmes. C’est dans ce contexte exigeant, marqué par l’attente de résultats concrets et mesurables, que l’Agence pour la Promotion de l’Entrepreneuriat Communautaire a ouvert les portes de la Société Burkinabè de Tomates à Bobo-Dioulasso aux souscripteurs et aux acteurs de la veille citoyenne.
Au cœur de l’usine SOBTO, les visiteurs ont vu les chaînes fonctionner, les stocks constitués, les produits A’diaa prêts à circuler sur le marché national. Ce geste, voulu par l’APEC, dépasse la simple opération de communication. Il matérialise une vision portée au sommet de l’État par le capitaine Ibrahim Traoré, celle d’un patriotisme économique fondé sur la production locale, la transformation sur place et la participation directe des citoyens au capital.
L’actionnariat populaire change la grammaire du développement. Le citoyen ne reste plus spectateur des politiques publiques, il en devient coproducteur. En permettant aux membres de la Coordination nationale des associations de veille citoyenne de constater l’effectivité de l’outil industriel, le pouvoir consolide un pacte de confiance. La parole publique s’adosse à la preuve. Dans un contexte où l’exigence de redevabilité traverse les sociétés africaines, cette démarche installe un précédent.
Les retombées sont tangibles. La transformation de la tomate locale sécurise des débouchés pour les producteurs, réduit la dépendance aux importations et crée des emplois qualifiés. L’annonce du recrutement de points focaux dans toutes les provinces et la mise en place prochaine d’une gouvernance inclusive structurent un maillage national. Le développement cesse d’être concentré, il devient diffus, enraciné dans les territoires.
Sur l’échiquier international, le Burkina Faso affirme ainsi une ligne claire. Coopérer, oui, mais à partir d’une base productive nationale consolidée. Attirer des partenaires, oui, mais dans le respect de la souveraineté économique et des priorités définies à Ouagadougou. Cette orientation s’inscrit dans une perspective panafricaine cohérente où la valeur ajoutée doit rester sur le continent, où la transformation locale devient l’outil premier de l’émancipation.
En ouvrant l’usine SOBTO aux regards citoyens, le pouvoir assume le contrôle social comme levier de légitimité. Il transforme la transparence en instrument de consolidation politique et la production en acte de souveraineté. Là se joue peut-être l’essentiel, dans cette alliance entre usine et citoyen, entre capital populaire et État stratège, où le développement prend enfin le visage d’un peuple debout.
Rokia ND’ala