AES : l’an 2, la Confédération entre dans l’âge de la méthode et de la discipline collective
L’Alliance des États du Sahel (AES) change de rythme. Après une première année marquée par le fracas des ruptures et l’affirmation d’une souveraineté retrouvée, l’heure n’est plus seulement aux discours, mais à la méthode. À Niamey, la validation de la nouvelle feuille de route par le Premier ministre nigérien marque un tournant décisif : le passage de la parole politique à la rigueur administrative.
Il ne s’agit plus seulement de dire « non » aux anciennes tutelles, mais de dire « comment » construire ensemble. En mettant l’accent sur la défense, la diplomatie et le développement, cette deuxième année transforme l’élan patriotique en une véritable machine de gouvernance. C’est le passage crucial du verbe à l’acte, où la solidité de la Confédération ne se mesure plus à la force de ses slogans, mais à l’efficacité concrète de ses politiques publiques pour les populations du Sahel.
L’an 1 fut celui de l’affirmation. Une parole de rupture, ferme, assumée, portée par les chefs d’État du Sahel pour redéfinir leur souveraineté et reprendre la maîtrise de leur agenda politique et sécuritaire. Cette première année a posé les fondations idéologiques et diplomatiques d’un espace confédéral inédit, affranchi des tutelles anciennes et décidé à parler d’égal à égal avec le reste du monde.
L’an 2 ouvre une séquence différente. Plus silencieuse, plus technique, mais autrement décisive. La feuille de route en discussion n’est plus un manifeste. Elle devient un outil de gouvernement. Priorités budgétaires, mécanismes de coordination, calendrier d’actions communes dans les domaines de la défense, de la sécurité, de la diplomatie et du développement. Autrement dit, le passage du verbe à l’acte.
À Niamey, le travail d’harmonisation mené avant les rencontres prévues au Burkina Faso traduit cette volonté de structuration. Les amendements, les reformulations, les ajustements ne relèvent pas d’une simple formalité administrative. Ils témoignent d’une appropriation nationale d’un projet confédéral. Le Niger ne se contente pas d’adhérer. Il contribue, il façonne, il oriente.
Ce mouvement est politiquement significatif. Il signale que la souveraineté revendiquée ne peut se réduire à une posture. Elle doit s’incarner dans des politiques publiques concrètes. Une coopération militaire mieux coordonnée, des positions diplomatiques communes plus cohérentes, des projets de développement pensés à l’échelle régionale. La crédibilité de l’Alliance se joue désormais sur sa capacité à produire des résultats tangibles pour les populations.
Dans une perspective panafricaine, cette mue est essentielle. Elle montre qu’une intégration fondée sur la sécurité et la solidarité peut évoluer vers une planification stratégique structurée. La Confédération s’essaie à l’exercice exigeant de la cohérence. Entre ambitions nationales et intérêt commun, entre urgence sécuritaire et horizon de développement.
L’histoire institutionnelle enseigne que les alliances échouent rarement par manque de discours. Elles vacillent lorsque les mécanismes ne suivent pas. En entrant dans l’âge de l’opérationnalisation, l’Alliance des États du Sahel accepte l’épreuve de la rigueur. C’est là que commence sa véritable légitimité, car la souveraineté n’a de sens que lorsqu’elle s’organise, se finance et se mesure.
Paterne N’gouassi