Nigeria : Industrialisation et création d’emplois au cœur de la stratégie économique
Le Nigéria avance à un moment décisif de son histoire économique. Première puissance démographique d’Afrique, géant énergétique du continent, le pays cherche désormais à transformer sa force brute en puissance productive. Dans un contexte mondial marqué par la recomposition des chaînes d’approvisionnement et la compétition industrielle accrue, Abuja choisit d’affirmer une ambition claire. Faire de l’industrie le moteur central de sa croissance.
Le gouvernement fédéral a annoncé sa décision de consacrer chaque année jusqu’à 5 % du PIB au développement industriel. L’objectif est précis. Porter la contribution du secteur manufacturier à 15 % du PIB d’ici 2030, puis à 25 % en 2035. En parallèle, le secteur minier devrait atteindre 10 % du PIB à cet horizon. Cette stratégie vise à réduire la dépendance historique aux hydrocarbures et à créer une base productive plus diversifiée.
La recapitalisation de la Banque de l’Industrie à hauteur de 3 000 milliards de nairas d’ici 2026 constitue l’un des leviers majeurs du plan. Les fonds d’intervention sectoriels seront également renforcés pour soutenir des filières prioritaires comme les métaux, les minéraux solides, la construction et l’industrie manufacturière. Selon le ministre d’État à l’Industrie, John Enoh, les aides seront liées à des résultats concrets. Exportations accrues, capacités de production élargies, emplois créés.
L’enjeu est d’abord social. Dans un pays où la jeunesse est nombreuse et dynamique, l’industrialisation peut offrir des emplois formels et stables. Elle peut aussi réduire les importations, renforcer la production locale et améliorer la balance commerciale. À l’échelle africaine, un Nigéria industriellement solide pourrait jouer un rôle moteur dans les échanges régionaux et consolider les chaînes de valeur continentales.
Des interrogations subsistent toutefois sur le financement précis et la gestion à long terme de ce programme. La réussite dépendra de la transparence budgétaire, de la discipline institutionnelle et de la capacité à attirer des investissements privés complémentaires.
Le choix posé par Abuja marque néanmoins une orientation stratégique forte. Le Nigéria affirme que sa prospérité future passera par la transformation locale de ses ressources et par la montée en puissance de son industrie. Si la mise en œuvre est rigoureuse, cette réforme pourrait redéfinir durablement le visage économique du pays.
Emy Muamba