Mali/Chine : Partenariat renforcé, infrastructures et souveraineté en ligne de mire

Mali/Chine : Partenariat renforcé, infrastructures et souveraineté en ligne de mire

À Bamako, la diplomatie se joue désormais à l’échelle des continents. L’audience accordée le 23 février 2026 par le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, à Xi Xiang, 18e ambassadeur de la République populaire de Chine au Mali, confirme une orientation stratégique assumée. Celle d’un partenariat sino-malien consolidé, structuré, et pensé comme un levier de souveraineté dans un contexte sécuritaire et géopolitique tendu.

Depuis la rencontre de septembre 2024 à Beijing entre le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, et le Président chinois Xi Jinping, la relation entre Bamako et Pékin a changé d’échelle. Elle a été élevée au rang de partenariat stratégique. Ce repositionnement ne relève pas de la symbolique diplomatique. Il engage des choix lourds en matière de sécurité, d’infrastructures, d’agriculture, de santé et de développement industriel.

La Chine, partenaire historique depuis soixante-cinq ans, annonce vouloir intensifier sa coopération, y compris militaire, amorcée dès 1970. Dans un pays confronté à une menace terroriste persistante et à une recomposition des alliances, ce soutien renforce les capacités opérationnelles des forces maliennes. Il participe d’une doctrine plus large, centrée sur la montée en puissance d’un appareil d’État capable d’assurer la protection du territoire et des populations.

Mais l’enjeu dépasse le seul registre sécuritaire. Les infrastructures structurantes, routes, énergie, équipements publics, conditionnent l’intégration économique du pays. L’agriculture, pilier social et productif, peut bénéficier de transferts technologiques et d’investissements ciblés. La santé, fragilisée par des années de crise, appelle des partenariats durables. Si ces engagements se traduisent en réalisations concrètes, ils peuvent accélérer la transformation structurelle du Mali et réduire sa dépendance aux financements conditionnés.

Cette dynamique s’inscrit dans une vision panafricaine plus large. Le renforcement des liens Sud-Sud participe d’un rééquilibrage des rapports internationaux. Pour Bamako, diversifier ses partenariats signifie élargir sa marge de manœuvre. Pour Pékin, consolider sa présence au Sahel répond à une logique d’influence, mais aussi à une stratégie économique globale. La relation reste donc asymétrique. Elle exige de la part des autorités maliennes une vigilance constante sur la soutenabilité de la dette, le contenu local des projets et le transfert réel de compétences.

Le Premier ministre a réaffirmé la garantie de sécurité pour toutes les personnes vivant sur le sol malien. Cette parole engage. Car le développement ne prospère que dans la stabilité et la confiance.

À l’heure où le Sahel redessine ses alliances, le partenariat sino-malien ouvre une fenêtre stratégique. Reste à transformer l’intention en résultats mesurables. C’est à cette aune que se jugera la solidité d’un choix qui, s’il est maîtrisé, peut inscrire le Mali dans une trajectoire de puissance responsable et assumée.

Rokia ND’ala

laredaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *