AES : De l’alliance de combat à l’architecture d’un destin commun

AES : De l’alliance de combat à l’architecture d’un destin commun

À Ouagadougou, ce 24 février 2026, l’atmosphère n’est pas aux simples civilités diplomatiques. Les hauts fonctionnaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger s’attellent à une tâche aussi ardue qu’essentielle : dessiner l’ossature de la deuxième année de la Confédération des États du Sahel (AES). Ce conclave, prélude à la rencontre ministérielle, porte en lui une ambition qui dépasse la simple gestion administrative. Il s’agit de transformer l’élan sécuritaire initial en un moteur de développement endogène capable de redéfinir l’équilibre de la sous-région.

L’enjeu de cette feuille de route de l’an II est de sortir d’une gestion de crise pour entrer dans une phase de construction structurelle. Si la défense et la diplomatie ont été les fers de lance de l’an I, le volet du développement devient aujourd’hui le véritable juge de paix. L’idée est simple mais audacieuse : faire en sorte que les décisions prises à Ouagadougou, Bamako ou Niamey ne dépendent plus des agendas extérieurs, mais des réalités du terrain sahélien.

L’impact de cette réforme se mesure déjà dans la volonté de mutualiser les ressources. En intégrant des priorités adaptées aux mutations géopolitiques, l’AES cherche à créer un espace où la circulation des biens et des idées ne s’arrête plus aux frontières héritées. Pour l’habitant d’une région, cela signifie à terme des infrastructures pensées pour le commerce local et une sécurité qui ne repose plus uniquement sur des interventions lointaines.

Le texte en discussion doit refléter une vision politique sans compromis. Refusant les formules creuses de l’aide internationale classique, les trois pays misent sur une verticalité du pouvoir qui assume ses choix. C’est une rupture nette avec le passé. Cette stratégie impose une rigueur institutionnelle nouvelle où chaque point retenu dans le document final devra être appliqué par l’ensemble des départements ministériels, marquant ainsi la fin de l’inertie bureaucratique.

L’AES n’est pas qu’une alliance de circonstance face à la menace terroriste. C’est une tentative de réinvention de l’État en Afrique, où la souveraineté se gagne par la cohérence interne et la solidarité régionale. Le chemin est étroit, parsemé d’obstacles économiques et de pressions internationales, mais la direction est clairement tracée par les autorités de transition.

Au Sahel, le temps ne s’écoule plus au rythme des chancelleries étrangères, il bat désormais au cœur des populations qui reprennent possession de leur développement.

Paterne N’gouassi

laredaction

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