CEDEAO : Nouvelles tensions entre États membres dans un contexte post-retrait sahélien
À l’heure où l’Afrique de l’Ouest cherche un nouveau point d’équilibre, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avance sur une ligne de crête. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel, a fissuré l’architecture politique régionale. Dans ce climat déjà tendu, deux différends internes viennent éprouver la solidité de l’institution.
Le premier dossier concerne le différend maritime entre le Ghana et le Togo. Accra a engagé une procédure d’arbitrage fondée sur le droit international de la mer, après des années de discussions infructueuses. Lomé, tout en prenant acte, réaffirme sa préférence pour un règlement apaisé. Derrière la technicité juridique, il y a des intérêts économiques concrets. Les zones maritimes contestées recèlent des ressources halieutiques et énergétiques stratégiques. Leur maîtrise conditionne des investissements, des recettes fiscales, des emplois. Pour deux pays engagés dans des politiques de modernisation portuaire et énergétique, la stabilité juridique est un levier direct de développement.
Le second différend, à la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone, touche à la souveraineté territoriale. Conakry évoque une incursion militaire. Freetown conteste. La tension est d’autant plus sensible que le président sierra-léonais, Julius Maada Bio, assure la présidence en exercice de la Cédéao. L’organisation doit donc démontrer une impartialité sans faille. Pour la Guinée, engagée dans un processus de normalisation après la transition conduite par le général Mamadi Doumbouya, la gestion de cette crise conditionne son retour plein et entier dans le concert régional.
Ces tensions surviennent alors que la Commission de la Cédéao s’apprête à être dirigée par le Sénégal pour le mandat 2026-2030, décision entérinée à Abuja. Ce passage de relais ouvre une phase de réorganisation interne. Si la Commission parvient à activer avec rigueur ses instruments de médiation, elle renforcera la sécurité juridique et politique indispensable aux échanges commerciaux, aux corridors logistiques et aux projets énergétiques transfrontaliers. À l’inverse, toute faiblesse nourrirait la fragmentation.
L’Afrique de l’Ouest ne manque ni de ressources ni d’intelligence stratégique. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse deux frontières contestées. C’est la capacité d’une organisation africaine à résoudre, par elle-même, ses différends et à offrir à ses peuples l’horizon d’une stabilité maîtrisée. La crédibilité de la Cédéao sera la mesure de la maturité collective.
Rokia ND’ala