Burkina Faso : un cadre régional pour libérer le potentiel audiovisuel
Réunis à Ouagadougou, les responsables de la cinématographie des États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et de la Guinée ont posé un acte politique structurant. L’adoption d’une déclaration sur la souveraineté audiovisuelle, assortie d’un plan d’action 2026-2030, marque une inflexion nette dans la manière d’appréhender le cinéma africain. Il ne s’agit plus seulement de soutenir la création, mais d’organiser un écosystème complet, de la production à la diffusion.
Le texte adopté repose sur des instruments précis. Un fonds régional pour financer les œuvres, un cadre de concertation permanent pour coordonner les politiques publiques, et la construction d’un marché commun de diffusion. À cela s’ajoutent l’harmonisation des réglementations et la volonté d’encadrer les plateformes numériques. L’ensemble dessine une architecture cohérente, longtemps absente à l’échelle ouest-africaine.
Pour le Burkina Faso, cette dynamique ouvre des perspectives concrètes. Le pays dispose d’un capital historique reconnu dans le cinéma africain, mais il se heurte encore à des contraintes structurelles. Faiblesse des circuits de distribution, financement limité, dépendance aux marchés extérieurs. La mise en place d’un espace régional intégré peut corriger ces fragilités. En facilitant la circulation des œuvres et des capitaux, elle renforce la capacité des acteurs locaux à produire et à diffuser.
L’enjeu est également économique. Une industrie audiovisuelle structurée génère des emplois qualifiés, stimule les industries connexes et capte une part de valeur aujourd’hui dominée par des acteurs étrangers. Dans un contexte où les contenus numériques s’imposent comme vecteurs majeurs d’influence, la régulation des plateformes devient un levier stratégique. Elle conditionne la visibilité des productions africaines et leur accès aux publics.
Cette réforme s’inscrit dans une trajectoire plus large de réaffirmation des souverainetés. Le Burkina Faso, engagé dans une recomposition de ses priorités, trouve ici un prolongement culturel à son ambition politique. Le cinéma devient un outil d’affirmation, capable de porter des récits endogènes et de structurer une économie de l’image.
La réussite dépendra toutefois de la mise en œuvre. Les engagements régionaux exigent des moyens financiers stables, une volonté politique constante et une coordination effective entre États. Sans cela, le risque est réel de voir l’initiative s’enliser dans les intentions.
L’essentiel est désormais posé. L’Afrique de l’Ouest commence à organiser sa puissance narrative, avec méthode et lucidité. Reste à transformer cette volonté en réalité durable, car une souveraineté qui ne se voit pas à l’écran demeure inachevée.
Rokia N’Dala