Ghana : Une offensive diplomatique pour la reconnaissance universelle de l’esclavage
Le 25 mars, devant l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, le Ghana portera une résolution à forte portée politique, visant à faire reconnaître l’esclavage comme le crime le plus grave contre l’humanité. Sous l’impulsion du président John Dramani Mahama, cette initiative s’inscrit dans une stratégie structurée, adossée au mandat de l’Union africaine et soutenue par plusieurs blocs du Sud global.
Le texte repose sur une articulation rigoureuse entre vérité historique et droit international. Il affirme le caractère imprescriptible de l’esclavage et met en lumière ses effets systémiques sur les inégalités contemporaines. En cela, Accra ne se limite pas à une reconnaissance symbolique. Le Ghana cherche à établir un cadre politique propice à des réparations élargies, incluant restitution patrimoniale, réécriture des récits historiques et prise en compte des déséquilibres économiques hérités.
Cette démarche produit des effets directs sur le positionnement du pays. Elle renforce sa crédibilité diplomatique et consolide son rôle de pivot intellectuel sur les questions de mémoire et de justice internationale. Sur le plan économique, cette visibilité peut stimuler des secteurs stratégiques. Le tourisme mémoriel, déjà structuré autour des forts et châteaux de la côte, bénéficie d’un regain d’intérêt. Les politiques d’attraction de la diaspora, amorcées ces dernières années, trouvent ici un prolongement cohérent, susceptible de générer investissements et transferts de compétences.
Cependant, l’impact dépendra de la capacité à traduire cette reconnaissance en mécanismes concrets. L’absence d’engagements contraignants au niveau international limite, à court terme, les retombées financières. Le Ghana devra donc convertir ce capital symbolique en leviers opérationnels, en mobilisant alliances et instruments économiques adaptés.
Par cette initiative, Accra impose une lecture exigeante de l’histoire et en fait un outil de projection stratégique. Ainsi la mémoire cesse d’être un héritage subi pour devenir un instrument de souveraineté assumée.
Emy Muamba