Mali : La mine de Fekola, moteur stratégique d’une nouvelle ambition minière
Le Mali demeure l’un des piliers aurifères de l’Afrique de l’Ouest. Au cœur de cette dynamique, la Mine de Fekola, exploitée par B2Gold, s’affirme comme un moteur industriel majeur. Dix ans après son entrée en production, le site maintient un rythme soutenu de 400 000 à 500 000 onces d’or par an. La barre symbolique des quatre millions d’onces cumulées a été franchie en 2025. Derrière ces chiffres se dessine un enjeu plus large. Celui de la manière dont un État transforme sa richesse minérale en levier durable de développement.
La mine de Fekola pèse aujourd’hui plus de la moitié des activités mondiales de B2Gold. Cette centralité dit beaucoup du potentiel malien. Elle rappelle aussi la place stratégique qu’occupe l’or dans l’économie nationale. Dans un pays où l’exploitation aurifère structure les finances publiques, chaque tonne extraite pose la même question fondamentale. Comment convertir cette richesse en prospérité partagée.
Les retombées locales donnent un premier élément de réponse. Plus de 3 000 emplois ont été créés, dont la quasi-totalité occupée par des Maliens. Les programmes de formation ont permis à une nouvelle génération de techniciens, d’ingénieurs et d’opérateurs de se former aux standards internationaux. Autour de la mine, des investissements communautaires dépassant six milliards de francs CFA ont financé infrastructures, services sociaux et projets locaux. L’exploitation minière cesse alors d’être un simple point d’extraction et devient un espace de compétences et de circulation économique.
Mais l’équilibre du secteur se joue désormais ailleurs. Depuis l’adoption du nouveau code minier en 2023, le Mali cherche à reprendre la main sur une partie de la chaîne de valeur. Le texte renforce les exigences de contenu local et élargit la participation nationale dans les projets extractifs. Derrière cette réforme se lit une ambition souveraine. Faire en sorte que l’or malien alimente davantage l’économie nationale, les entreprises locales et les capacités industrielles du pays.
Ce tournant réglementaire s’inscrit dans un mouvement plus large qui traverse plusieurs capitales africaines. Les États cherchent à corriger un déséquilibre ancien. Pendant des décennies, l’Afrique a exporté sa richesse brute tout en important la valeur ajoutée. Le Mali tente aujourd’hui d’inverser ce schéma, avec prudence mais détermination.
La mine de Fekola illustre ce moment charnière. Un projet industriel performant, ancré dans un territoire, désormais observé à l’aune d’une nouvelle exigence politique. Celle d’une souveraineté économique plus affirmée.
Car au fond, la véritable richesse d’un pays ne se mesure pas seulement à ce qu’il extrait de son sous-sol, mais à ce qu’il parvient à bâtir durablement au-dessus.
Rokia N’Dala