Afrique : Face à l’importation massive du solaire chinois, le grand défi de la production locale

Afrique : Face à l’importation massive du solaire chinois, le grand défi de la production locale

Sur les marchés de Kinshasa, dans les quartiers périphériques de Lagos ou encore dans les zones rurales d’Afrique australe, les panneaux solaires sont devenus bien plus qu’un simple équipement énergétique. Ils incarnent une promesse, celle d’un accès à l’électricité plus rapide, moins coûteux et parfois plus fiable que les réseaux traditionnels. Derrière cette transformation silencieuse, un acteur domine largement le paysage : la Chine.

Les chiffres récents témoignent de l’ampleur du phénomène. En un an, les exportations chinoises de cellules et de panneaux solaires vers l’Afrique ont bondi de 83 %, atteignant près de 124 000 tonnes en avril 2026. Une progression spectaculaire qui confirme l’émergence du continent comme l’un des principaux relais de croissance de l’industrie solaire chinoise.

Depuis plusieurs années, les fabricants chinois font face à un environnement plus hostile sur leurs marchés traditionnels. Aux États-Unis comme en Europe, les barrières douanières se multiplient pour freiner l’arrivée de produits jugés trop compétitifs. Face à ces obstacles, les industriels cherchent de nouveaux débouchés. L’Afrique apparaît alors comme un terrain naturel d’expansion avec une population en forte croissance, des besoins énergétiques immenses et des taux d’électrification encore insuffisants dans de nombreuses régions.

Pour de nombreux gouvernements africains, l’équation est simple. Les panneaux chinois affichent des prix souvent inférieurs de 20 à 30 % à ceux de leurs concurrents. Dans des pays où chaque dollar investi compte, cet avantage pèse lourd. Il permet de lancer des projets autrefois jugés inaccessibles, qu’il s’agisse de mini-réseaux ruraux, de centrales solaires ou d’installations destinées aux entreprises.

Mais cette montée en puissance soulève aussi une question stratégique : celle de la dépendance industrielle. Alors que les importations explosent, la production locale reste embryonnaire. Le Maroc et l’Afrique du Sud disposent de capacités limitées à environ un gigawatt par an chacun, tandis que l’Égypte et le Nigeria peinent encore à développer une véritable filière industrielle. Résultat : la transition énergétique africaine se construit largement à partir d’équipements venus d’Asie.

Le cas de la Sierra Leone illustre cette accélération. En l’espace d’une année, le pays a importé suffisamment de panneaux pour représenter l’équivalent de 61 % de sa production électrique de 2023 une fois les installations mises en service. Une telle évolution aurait semblé improbable il y a encore quelques années.

L’Afrique entre ainsi dans une nouvelle phase de son développement énergétique. La baisse du coût du solaire ouvre des perspectives inédites pour des millions de foyers. Reste à savoir si le continent saura transformer cette vague d’importations en levier industriel durable, ou s’il demeurera avant tout le nouveau marché de conquête des géants chinois du photovoltaïque.

Emy Muamba

laredaction

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