Afrique : De l’économie marginale au levier stratégique, l’essor décisif de l’or artisanal
Longtemps relégué aux marges des politiques minières africaines, l’or artisanal connaît aujourd’hui une reconfiguration profonde, portée par la hausse spectaculaire des cours mondiaux. De plus en plus, les États africains s’emploient à transformer ce secteur informel en un pilier structurant de leurs économies, capable de soutenir les réserves de change et de dynamiser les recettes d’exportation.
L’initiative récente de la Zambie illustre cette dynamique. La création de Kyalo Goldfields Limited (KGL), coentreprise entre ZCCM-IH et Mining Mineral Resources, marque une volonté claire de formaliser et d’industrialiser l’exploitation artisanale. En intégrant les mineurs locaux dans un cadre réglementé et mécanisé, le pays cherche à améliorer la productivité tout en réduisant les risques environnementaux et sanitaires liés à l’usage du mercure.
Au-delà de la Zambie, un mouvement continental s’affirme. Le Ghana, à travers le GoldBod, a centralisé l’achat et la régulation de l’or artisanal, générant près de 10 milliards de dollars de recettes en 2025. Au Burkina Faso, la structuration du secteur a permis un bond significatif de la production officielle, tandis que la RDC mobilise désormais l’or artisanal pour renforcer ses réserves monétaires. Ces stratégies traduisent une prise de conscience : l’or artisanal n’est plus un simple segment informel, mais un instrument de politique économique.
Les retombées pour le développement sont multiples. La formalisation favorise l’inclusion économique de centaines de milliers de travailleurs, améliore la traçabilité des flux et renforce la souveraineté financière des États. En canalisant l’or vers les circuits officiels, les gouvernements accroissent leur capacité à stabiliser leurs devises et à financer leurs priorités budgétaires.
Cependant, ces avancées restent fragiles. L’écart entre ambitions et résultats demeure notable, notamment en matière de compétitivité des prix, de fiscalité et de conditions de travail. La persistance des circuits parallèles limite encore l’efficacité des réformes, tandis que les enjeux environnementaux et sociaux restent insuffisamment adressés.
Ainsi, si l’or artisanal s’impose comme un levier prometteur de transformation économique, sa pleine contribution au développement dépendra de la capacité des États à instaurer des mécanismes crédibles de gouvernance, de traçabilité et d’incitation. À ce prix seulement, il pourra devenir un vecteur durable de croissance inclusive et de souveraineté économique en Afrique.
Emy Muamba