Burkina Faso : Procès pour concussion et blanchiment, sept agents publics reconnus coupables

Burkina Faso : Procès pour concussion et blanchiment, sept agents publics reconnus coupables

Ce mardi 24 février, le tribunal de grande instance de Koupéla a condamné quatre magistrats et trois agents des douanes pour corruption et blanchiment de capitaux. Au-delà des chiffres et des mois de prison, cette décision s’attaque à une pathologie silencieuse qui ronge l’État burkinabè depuis des décennies. En frappant ceux qui tiennent la balance et ceux qui gardent le cordon de la bourse, les autorités de transition envoient un message clair que la tolérance zéro dans le nouveau Burkina en construction.

L’affaire était un secret de polichinelle transformé en scandale d’État. Des magistrats auraient monnayé un non-lieu pour des douaniers poursuivis pour concussion. Ce système de « renvoi d’ascenseur » illustre une réalité brutale : quand la loi devient une marchandise, la confiance du citoyen s’évapore. Pourtant, sans cette confiance, aucun impôt n’est consenti et aucune réforme ne prend racine. Pour un pays qui se bat pour sa survie sécuritaire, chaque franc CFA détourné est une munition de moins pour le front et une école de moins pour l’avenir.

Le capitaine Ibrahim Traoré mise ici sur une thérapie de choc. En condamnant ces magistrats à dix-huit mois de prison ferme, le pouvoir cherche à rompre avec une tradition d’impunité qui servait de ciment aux anciennes élites. L’enjeu est stratégique. Assainir les douanes, c’est sécuriser les recettes nécessaires à la souveraineté nationale. Assainir la justice, c’est rassurer l’investisseur et le paysan. C’est prouver que la souveraineté ne se crie pas seulement contre l’extérieur, mais qu’elle se bâtit d’abord par la discipline intérieure.

Pourtant, une ombre plane sur ce tableau de rigueur. Les accusations de torture et de séquestration lancées par la défense rappellent que l’on ne protège pas l’État de droit en piétinant ses procédures. La lutte contre la corruption est une marche noble, mais elle perd son âme si elle emprunte les raccourcis de l’arbitraire. Le Burkina Faso joue ici sa crédibilité panafricaine : montrer qu’un État peut être fort sans être injuste.

Ce procès marque une rupture psychologique majeure. Il ne s’agit plus de discourir sur la vertu mais de l’appliquer à ceux qui s’en croyaient exemptés. Si cette dynamique survit aux pressions corporatistes, elle pourrait devenir le socle d’un redressement durable. Car une nation se relève vraiment le jour où la loi cesse d’être un privilège pour redevenir une promesse commune.

Rokia N’Dala

laredaction

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